"U2 a conquis l'Amérique par le bruit, le risque et la poésie"
par Corinne/Dead
Interview réalisée par Mark Beech
The Unforgettable Fire, qui vient de ressortir est l'album qui a aidé U2 à conquérir l'Amérique.
Sa trame hymnique, créée en 1984 avec l'assistance du coproducteur Brian Eno, est arrivée trois ans avant The Joshua Tree, qui a fait passer la formation rock irlandaise du statut de héros à celui de superstars "from heroes to superstars", selon le magazine de musique américain Rolling Stone, et s'est vendue à quelque 25 millions d'exemplaires.
Eno se souvient dans cette interview que U2 brisait toutes les règles comme cela révisait entièrement la signature de rock en stade de ses trois premiers 33 tours.
Bono, le chanteur du groupe, s'est révélé dans l'expérience, a pris des risques et a improvisé prières et poésie. Une nouvelle édition de ce disque est sortie la semaine passée et expose ses forces avec 25 ans de perspective en y ajoutant remasters, nouveaux titres et un DVD.
"Nous avons commencé en pensant faire des paysages soniques", explique Eno.
"Nous n'essayions pas de reproduire le son d'un groupe jouant en live ce que cet enregistrement était sensé être.
'A Sort of Homecoming' était un morceau cinématographique."
Eno a été surpris lorsque U2 l'a approché.
Il avait débuté en jouant avec Roxy Music et avait déjà bossé avec David Bowie et Talking Heads, se faisant une réputation pour ce qu'il appelle des projets solos obscures ("Obscure est le nom de mon label.")
Chris Blackwell, le big boss d'Island Records, craignait que l'aspect commercial du groupe ne soit bousillé par une ambition ambiante. Eno exprima également son inquiétude en ce que U2 voudrait changer de direction, ce à quoi Bono répliqua : "C'est exactement ce que nous voulons faire."
Eno embarquait dans cette aventure son ami Daniel Lanois en tant que coproducteur et souligne que le mythe qui veut que les rockeurs piquent leurs crises durant le processus créatif est infondé : "Personne ne s'est jamais tiré ... nous avons fini par devenir une grande et heureuse famille."
'Casser le moule'
"Pour ce qui est de l'objectif de casser le moule, le groupe avait décidé : 'n'allons pas dans un grand studio commercial'", souligne Eno.
Au lieu de cela, les sessions d'enregistrement eurent lieu dans l'historique château irlandais de Slane.
Nombre des chansons étaient à l'état d'ébauche avant ces sessions, pourtant la piste que Eno choisit de mettre en avant n'existant pas avant Slane. "Bad", sur l'addiction à l'héroïne, est plus connue de par sa version en live de douze minutes jouée durant le Live Aid en 1985.
Eno précise que Lanois et lui-même tapaient le b½uf avec les autres au château lorsque "Bono a déboulé avec cette étonnante approche d'interprétation qui était magique."
Les membres de U2 ont un sens de l'humour irlandais contagieux pourtant, ils prirent leur mission très au sérieux.
Le quartet appréciait le "l'anglicitude grincheuse, qui faisait partie de la plaisanterie" d'Eno.
Leur affection est évidente : lorsque Eno contracta un super virus et fut brièvement hospitalisé au cours de la tournée cette année, Bono dédia des chansons à Eno le qualifiant de "trésor national". (Eno, 61 ans, est entièrement rétabli.)
Artiste sonique
Pour tout ce qui est de son ½uvre de production, Eno se décrit modestement comme un "non-musicien," "paysagiste sonique" ou simplement artiste (pour l'heure, il expose à Long Beach, Californie).
"A bord des avions, les gens me demandent quel est mon métier.
Je réponds l''import-export' pour éviter d'avoir à l'expliquer", plaisante-t-il.
"L'unique chose que j'ai faite en tant que producteur c'est de la musique que je veuille entendre."
Le 4e album de U2 n'était pas celui que le groupe s'attendait à faire et les surprises ne firent que commencer : il s'avéra ne pas être le seul — Lanois et lui-même ont depuis travaillé sur de nombreux disques de U2, dont celui sorti cette année No Line on the Horizon.
Quelques critiques ne furent pas impressionnés par les tentatives du groupe en 1984 pour séduire l'Amérique, avec pourtant des titres aussi limpides que "4th of July," "Elvis Presley and America" et "MLK". Ce sentiment se réchauffa lorsque de ce 33 tours, deux singles finirent en tubes classés en tête des charts "Pride (In the Name of Love)" et "The Unforgettable Fire".
Eno se souvient de son épuisement à la fin des sessions d'enregistrement de The Unforgettable Fire.
"Je n'ai pas eu grand appétit de l'entendre durant quelques mois et lorsque je l'ai fait, ça a été purement par accident", déclare Eno. "Je marchais dans Chelsea et j'ai entendu ce truc étonnant qui venait d'une pièce en sous sol d'un appartement. Je me suis dit : Qu'est-ce que ça peut bien être ?' et il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que c'était Unforgettable Fire. C'est alors que j'ai su que nous avions fait quelque chose d'unique."
Il a raison : le temps a été généreux avec cet album et il est unique. Notre note : Excellent.
SOURCE U2 FRANCE
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